Sur son beau cheval noir, drapé dans son burnous couleur de la châtaigne, il
parcourait la lande au bord de l’Océan. Il venait de nulle part et allait n’importe où mais dans chaque hameau il était accueilli comme un sage, comme un druide, comme un apothicaire
guérissant tous les maux.
Avait-il un nom, une maison, une famille, on ne le saura jamais car il parlait très peu
de lui.
Il racontait le soir, surtout aux veillées de l’hiver dans la chaumière du brièron qui
l’avait invité à sa table, que la vie dans notre vaste Univers briéron était pleine de ‘récits vécus, à vivre et à imaginer.
Il avait rencontré dans une grotte de Pen Bé une vieille pêcheuse à pied
« mémée ». Chaque jour, à chaque marée basse, elle traquait les palourdes avec sa gratte « petite bêche à deux doigts ». Son petit panier d’osier rempli, elle allait vendre,
plutôt troquer, sa pêche pour un morceau de pain, un morceau de lard, une bouteille de cidre.
Il connaissait aussi le paludier qui peut-être même avant les templiers récoltait chaque
été le sel, source de vie que le soleil et le vent avait cristallisé sur le sol argileux préparé à cet effet.
Cet homme aux mille facettes portait les traditions sans se poser de questions. Il avait
des repères dans chaque coin de notre territoire entre Loire et Vilaine, entre Pays Blanc-Pays Noir, au cœur de la Brière, sur la lande, dans les ajoncs, dans la bruyère.
Il ne le disait pas mais aujourd’hui on sait qu’ils savait où étaient les Korrigans, ces
petits drôles de la nuit qui accompagnaient ‘la mort » grande femme armée de sa faux meurtrière. Ils étaient là aussi par les nuits de pleine lune pour égarer les hommes qui avaient trop bu
en jouant à « la vache » (jeu de cartes avec des signes et des regards bizarres échangés entre partenaires).
Dans notre monde actuel, nous les vrais de la terre, de la mer, des fermes, du bétail,
des champs, nous avons été bercés par des récits imprégnés de dureté, de difficultés, sans trop de différences à l’époque de notre enfance mais aujourd’hui nous sommes dépassés : la religion
d’antan est devenue foi en l’argent.
La convivialité fout le camp, la rivalité grandit, les familles éclatent. On ne dit plus
« Bonjour », pour « Merci », c’est fini.
Pourvu que le progrès, l’évolution ne donnent pas à nos descendants le regret de la vie
d’avant.
L’Amour, l’Amitié, Le Bonheur retrouvé ce sont des mots d’ici pour les gens d’ici, des mots d’espoir, des mots pour la vie.
Conte écrit à l'occasion de la 10ème édition du concours d'écriture de contes du Parc naturel Régional de Brière
Rédigé le mercredi 15 aout à 10h